Ode à l’artichaut (ou l’artichaut dans l’art)

Capture d’écran 2013-10-10 à 11.10.59

Ce n’est pas un hasard si ce blog s’appelle l’artichaut. Ce légume aux écailles vertes et mauves  est particulièrement beau. Sa tige, soutenant un large bouquet de feuilles en forme de losanges, apparente l’emblème du blog à une robuste fleur. Laisser se développer un artichaut en terre signifie permettre à une fleur, dont la couleur oscillera entre le bleu et le violet, d’éclore. L’artichaut est aussi un légume surprise. Manger un artichaut consiste à effeuiller le légume et  découvrir sous son pelage couleur lin, le trésor que constitue son cœur. Manger un artichaut, c’est en fait assister à un strip-tease.  Quoi qu’il en soit,  il faut bien avouer que, par sa forme et son caractère allusif, il se prête bien à toute création artistique.

Niels Schneider et une pluie d’artichaut

Cependant, malgré sa charge esthétique et symbolique, l’artichaut, légume de mon cœur, n’occupe pas une place de première importance dans l’histoire des arts plastiques. Il est difficile de citer de mémoire un tableau dans lequel le légume est à l’honneur. Certains artistes « du terroir » (ou artistes du dimanche) ont évidemment peint des artichauts mais leur importance n’est vraiment pas significative (oui, je suis méprisante). On peut dès lors trouver sur internet des peintures d’artichauts de qualité médiocre: réalisées par des mères de familles en mal de reconnaissance, souhaitant décorer leur cuisine et/ou ressentant le besoin irrésistible d’accomplissement de soi.

Exemple de tableau moche

 

L’artichaut a rarement été l’objet principal d’une œuvre.  Il s’est manifesté  dans un premier temps dans des natures mortes, noyé parmi de nombreux autres aliments: tomate pourrie, poissons écorchés, fleurs fanées … Sa symbolique demeure affiliée à celle de tout autre légume présent dans une nature morte: l’amalgame de produits dénonce l’abondance et la richesse. Cependant, certaines vanités se consacrent particulièrement à l’artichaut: aliment pourrissable donc éphémère, il est sensé nous rappeler la fragilité de la vie oh ! et notre inéluctable mort…

L’été, Archimboldo

Osias Beert (1570-1624) : Nature morte aux Artichauts

 

( http://www.in-still-life.com/index.php : un super site interactif où il vous est possible de créer une nature morte, super !)

 

L’artichaut se démocratise au XVIII ème et investit de nombreux objets d’art. Légume préféré de Louis XIV (l’artichaut favorise l’élimination urinaire et digestive soit dit en passant), légume royal donc, l’artichaut est présent sur de nombreuses céramiques: terrine, assiette, soupière… C’est bien, c’est beau, mais on regrette que l’artichaut ne dépasse pas sa condition de légume.

m061909_0002356_p

m017209_0003793_p

Au début du XXème, l’art nouveau, en réaction à l’industrialisation, réhabilite les lignes courbes et l’intrusion de la nature au quotidien. De nombreux artistes s’emparent de la nature en réalisant des objets a son image. L’artichaut  attire l’attention de Morris qui réalise en un motif de papier peint et Léon Kann qui réalise un vase d’une couleur douteuse et en forme d’artichaut.

Vase Artichaut, Léon Kann

Au XXème, l’artichaut ne parvient toujours pas à prendre place sur le trône des aliments. L’artichaut, roi déchu, débute malgré tout son ascension sociale. De grands artistes s’emparent de sa représentation. Important est de noter la passion de Bernard Buffet pour l’artichaut. Réalisant une demi dizaine de nature morte à l’artichaut, Bernard Buffet est le premier à s’intéresser vraiment à ce noble légume. A vrai dire, la réalisation d’une nature morte ne naît pas ici d’une volonté de réaliser un chef d’œuvre mais apparait comme un exercice de style. Cependant, en prenant l’artichaut pour sujet, l’artiste entame une réflexion sur la symbolique propre de ce légume oublié. Giorgio de Chirico réalise Mélancolie d’un après-midi: deux artichauts tournent le dos à une usine fumante…A méditer. Chirico donne ainsi à voir l’artichaut dans un tout nouveau contexte: il est représenté dans un environnement onirique et pour le moins inhabituel. Ce légume, originaire de la terre envahit le monde du rêve et de la métaphysique…

Nature morte aux artichauts, Bernard Buffet

Mélancholie d’un après-midi, De Chirico

Ainsi, l’artichaut ne s’est jamais imposé dans l’art. Cela est déplorable. C’est en intitulant ce blog l’artichaut  que nous espérons poser les germes d’une prise de conscience de ce noble et beau légume aux capacités inexploitées…

 

Bonus : La meilleure œuvre d’artichaut du monde:

La plus belle casquette du monde

La casquette de  Fluvio Bonavia parce que tout le monde rêve d’en avoir une comme ça. (L’artiste a aussi fait un sac en brocolis et des ballerines aubergines)

 

Des bisous en forme d’artichaut

Julie Ackermann

Comments

Leave a Reply